Actualité

De plus en plus de pesticides vendus en France !

La consommation de pesticides en agriculture a vachement augmenté en 2018, malgré plusieurs plans gouvernementaux dont le but était pourtant de diminuer leur usage.

Un meuhvais plan ?

Avant d’aller plus loin, une petite précision : le terme « pesticide » est un nom générique donné à des substances chimiques qui regroupent les fongicides, les insecticides et les herbicides. Dans cette famille, on a un point commun : le suffixe en “-cide”, qui exprime la capacité à détruire et éliminer des organismes vivants considérés comme nuisibles pour les cultures. Mais certains, dont les industries qui les produisent, préfèrent les appeler produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques : “plantes”, “sain”, “pharmacie”, que des choses qui font du bien en sommeuh

C’est d’ailleurs ce terme qu’on retrouve dans le premier plan Ecophyto, adopté en 2008, visant à réduire l’utilisation de ces « produits phytopharmaceutiques », en zones agricoles et non agricoles et assurer une transition vers l’agro-écologie. Un plan ambitieux, qui avait pour objectif de réduire de 50 % en 10 ans le recours aux pesticides.

Mais les chiffres n’ont pas suivi, bien au contraire : entre 2009 et 2013, on constate une augmentation de 5% du recours à ces produits. Puis de 12% sur la période 2014-2016.

Entre temps, on est passé au plan Ecophyto 2 (lancé en 2015), pour se laisser plus de temps : l’objectif est ramené à -25% en 2020, et -50 % à l’horizon 2025.

Un très léger recul en 2016/2017 aurait pu donner quelques espoirs… jusqu’à la publication récente par le Ministère de l’Agriculture des chiffres pour l’année 2018. Dix ans après le lancement du premier plan, et alors qu’Ecophyto 2+ a vu le jour en 2019, la situation n’a fait qu’empirer…

Des résultats pas fameuh du tout

Depuis le premier plan Écophyto, adopté en 2008, une note de suivi est publiée chaque année pour évaluer, entre autres, la consommation de pesticides en France (à partir des données de vente de produits). Et ce n’est vraiment pas fameuh :

 

  • Produits à usages agricoles (74 % de la quantité de substances actives vendues):

- 3 % entre 2016 et 2017 / + 23 % entre 2017 et 2018

 

Soit près d’un quart de plus, une augmentation sans précédent ! C’est un peu amer d’observer ces résultats inversés : on ciblait une baisse de 25 % en 2020,  et la courbe augmente de presque 25%...

L’autre indicateur essentiel de suivi est le NODU* : le nombre de doses unités, qui correspond à la surface qui serait traitée annuellement aux doses maximales homologuées. Là encore, pas meuh : s’il a baissé de 6 % entre 2016 et 2017, il a augmenté de 24 % entre 2017 et 2018, et de 25 % entre 2016 et 2018 (en moyenne triennale).

 

En image, ça donne cette ligne bleue qui bondit presque à la verticale (Source : vie-publique.fr) :

pesticides_2.png

Ah bon, c’est dangereux ?

La législation admet la toxicité de certains pesticides, reconnus comme “cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction humaine (CRM)”.  La réglementation classe ensuite ces CRM en deux catégories : catégorie 1 potentiel avéré, catégorie 2 potentiel supposé.

Et la note de suivi du Ministère de préciser : “en 2018, la part des CMR 1 et des CMR 2 dans le NODU agricole est de, respectivement : 7 % (8,2 millions d’hectares) et 19 % (24 millions d’ha)”. Soit 7% des pesticides vendus – puis, on peut le supposer en toute logique, utilisés pour cultiver les produits que nous mangeons ensuite –, dont le potentiel cancérogène ou la capacité à induire des mutations héréditaires dans les cellules est scientifiquement avéré. 

D’ailleurs, le fameux herbicide glyphosate, considéré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) « cancérogène probable », représente 11 % des pesticides vendus en 2018.

pesticides_3_0.jpgEnfin, la note de suivi présente l’IFT, un indicateur qui rend compte du nombre de doses de pesticides appliquées par hectare pendant une campagne culturale. Les dernières enquêtes  établissent les IFT moyens suivants (traitement de semences inclus) :

  • 16,5 pour la pomme de terre,
  • de 2,8 pour le chou-fleur à 6,3 pour la fraise et 10,3 pour la tomate
  • en viticulture, 23,5 en région Champagne
  • 7,9 pour la banane, 20,3 pour la pêche et 33,1 pour la pomme

Pas très bio-n tout ça ! D’autant que l'utilisation massive des pesticides n’est pas seulement toxique pour l’homme : elle est aussi responsable de la perte de biodiversité, et notamment des indispensables insectes pollinisateurs, de la pollution de l’air et des ressources en eau…

 

Une transition qui s’éternise

Comment expliquer ces mauvais chiffres pour l’année 2018 ? Un communiqué des ministères impliqués (santé, recherche, agriculture et environnement) justifie cette évolution par “une anticipation des achats en fin d’année 2018, en prévision de l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse qui [a taxé] les substances les plus préoccupantes au 1er janvier 2019 ». Reste que le stockage de pesticides est assez peu encourageant quant à la volonté de changement pour la suite !

Plus globalement, la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, admet : « Il faut se rendre à l’évidence : la politique mise en œuvre depuis désormais plus de dix ans ne produit pas les résultats espérés dans le secteur agricole. Ceci doit nous conduire à réinterroger, en profondeur, cette politique. » Les associations écologiques et environnementales sont plus virulentes : devant « l’échec total du plan Ecophyto », ils en appellent à “un sursaut historique”, une “évolution radicale”, déplorant que le gouvernement “reste atone” et “continue sur la mauvaise pente “.

Parallèlement, la bio ne cesse de progresser en France, en termes de production comme de consommation. Ca veut dire qu’on est vachement nombreux à vouloir un monde plus bio, un nouveau modèle agro-alimentaire, moins intensif, débarrassé des pesticides de synthèse, plus respectueux de la planète et des hommes. Sans être naïfs, restons optimistes : en tant que citoyens et consommateurs, nous pouvons aussi être acteurs du changement.

 

 

 

*Le NODU est l’indicateur principal de suivi du plan Ecophyto. Le NODU correspond à la surface qui serait traitée annuellement aux doses maximales homologuées. Rapporté à la surface agricole utile française, il correspond au nombre de traitements appliqués à pleine dose sur une surface d’un hectare. Pour en savoir plus sur la méthodologie de calcul du NODU : https://agriculture.gouv.fr/quest-ce-que-le-nodu

 

 

Sources :

https://www.vie-publique.fr/en-bref/272717-pesticides-bilan-et-perspecti...

https://agriculture.gouv.fr/questionsreponses-sur-le-nouveau-plan-ecophyto-ii

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/comment-expliquer-la-hausse-de-la-vente-de-pesticides-en-france_2113755.html

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/01/07/le-recours-aux-pesticides-a-connu-une-hausse-spectaculaire-en-2018_6025101_3244.html

https://www.anses.fr/fr/content/substances-canc%C3%A9rog%C3%A8nes-mutag%C3%A8nes-et-toxiques-pour-la-reproduction-cmr

https://www.iarc.fr/featured-news/media-centre-iarc-news-glyphosate/