Le bio, pas meilleur pour la santé ?

Combats
Quand la presse relaye les conclusions d’une étude américaine menée par des chercheurs de l’université Stanford, elle sème le doute dans l’esprit des consommateurs...

L’étude, qui affirme que les aliments biologiques n’auraient pas de bénéfices pour la santé, a fait l’effet d’un pavé dans la mare. Et donné à  Les 2 Vaches  envie de meugler ...

 

Le nerf de la guerre 

Avant tout, une précision de taille : il ne s’agit pas d’une nouvelle étude mais d’un compte rendu portant sur 240 études déjà publiées. Pour la primeur, on repassera. Côté méthode, l’observation sur les êtres humains (seulement 17 études) porte sur des périodes allant de 2 jours à 2 ans maximum. Les chercheurs de Stanford l’admettent : il n’existe pas à ce jour d’étude à long terme évaluant le bénéfice d’un régime global à base de produits biologiques (2). Curieux en ce cas d’en tirer des conclusions contradictoires quelques pages plus loin ! 

En outre, les chercheurs déclarent n’avoir pas reçu de fonds privés pour réaliser cette étude. Pour autant, l’industrie agroalimentaire finance généreusement des programmes de recherche de l’université Stanford : ainsi, Cargill Inc., géant de l’agrochimie, a donné 5 millions de dollars à l’université dans le cadre du programme Food Security and the Environment (FSE), comme l’indique leur site. Au tableau d’honneur également, la Fondation Bill & Melinda Gates, qui a acheté plus de 23 millions de dollars d’actions de la société Monsanto. Certes, ces donations n’ont pas été directement affectées à l’étude, mais sachant l’importance des fonds privés dans le financement des universités américaines, peut-on vraiment parler d’indépendance ? On ne mord pas la main qui nous nourrit, commeuh on dit chez nous…  

Pourquoi tout ce foin ?  

Cette étude a été publiée juste avant que les électeurs de Californie votent pour la « Proposition 37 », surnommée « le droit de savoir », et décider si la présence d’OGM doit être mentionnée sur les emballages de nourriture. À l’origine de cette proposition de loi, l’Association des consommateurs de bio et le parti démocrate californien.

Aussitôt, le camp adverse a riposté à coup de millions de dollars : en tête des contributeurs, Monsanto et Dupont, les deux plus gros producteurs mondiaux d’OGM, ainsi que Cargill Inc., le généreux donateur de Stanford. Face à cet enjeu colossal (80 % de la nourriture américaine non bio contient des OGM), les géants de l’agroalimentaire n’ont pas intérêt à ce que les consommateurs sachent ce qu’ils mangent, mais ont en revanche tout intérêt à discréditer le bio. C’est donc dans ce contexte d’affrontement électoral que cette étude a été publiée : étonnante coïncidence… 

Un scoop pas très frais

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt aux résultats de l’étude. Sur la valeur nutritionnelle des aliments biologiques, l’AFSSA (3) déclarait en 2003, au terme d’une étude approfondie: « L’ensemble des données examinées dans le cadre de cette évaluation a montré, de manière générale, peu de différences entre la composition chimique des matières premières issues d’agriculture biologique et celles issues d’agriculture conventionnelle ». Mot pour mot, ce que l’étude de Stanford nous « révèle » dix ans plus tard. Les aliments biologiques ont la même composition en termes de lipides, protides, glucides que les aliments conventionnels. De là à en déduire l’absence de bénéfice sur la santé… il n’y a qu’un pas que la presse s’est empressée de franchir !

Pourtant, la différence est de taille : les produits bio sont cultivés sans pesticides. En fait, ce n’est pas tant ce qu’il y a dans le bio qui nous fait du bien, que ce qu’il n’y a pas ! Étrangement, l’étude américaine ne s’intéresse pas à l’impact sur la santé de l’exposition aux pesticides, suspectés d’affecter le système endocrinien, l’appareil reproducteur, le système immunitaire et pour certains d’être cancérigènes. Un seuil légal fixe les limites autorisées : mais qu’en est-il de l’effet « cocktail », qui montre que la combinaison de plusieurs pesticides, même à faible dose, est toxique ? À cela, l'AFSSA (4) répond : "Le mode de production biologique, en proscrivant le recours aux produits phytosanitaires de synthèse, élimine les risques associés à ces produits pour la santé humaine."

Sous le pavé, du bon bio !

Une bonne surprise nous attendait pourtant en lisant plus attentivement l’étude américaine : nombre de conclusions sont favorables aux produits bio ! 

- Sur le plan nutritionnel : les produits bio contiennent davantage de phosphore, d’anti-oxydants (polyphénols qui ont un effet protecteur sur le plan cardio-vasculaire) et d’oméga 3. C’est juste vachement important les oméga 3 dans notre lait ! Comme dans nos fermes les vaches mangent de l’herbe, riche en oméga 3, elles produisent un lait naturellement plus riche en oméga 3. La majorité des études conclut également à une teneur supérieure en vitamine C, calcium et magnésium pour les fruits et légumes. 

- Sur le plan toxicologique : manger bio réduit de 30 % l’exposition aux pesticides, en particulier chez les enfants. Si ce n’est pas un avantage pour la santé … 

- Sur le plan microbien : le risque de présence de bactéries résistantes à certains antibiotiques est 33 % plus élevé dans la viande de porc ou de poulet conventionnel. Un tiers de plus, ce n’est pas rien, non meuh !

Les médias ont eu une regrettable tendance à passer sous silence les résultats positifs pour se focaliser sur les points négatifs. Peut-être aussi parce que dire que « le bio c’est bon », c’est comme les trains qui arrivent à l’heure, pas assez accrocheur… 

Une longue route vers un monde plus bio

Raison de plus pour que les joyeuses militantes que sont Les 2 Vaches ne baissent pas les bras ! Regardons plus loin que le bout de notre museau et parlons d’avenir : le bio est une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Consommer bio, c’est préserver la biodiversité, la qualité des sols, de l’eau, c’est avoir une vision plus large que les seuls apports nutritifs dans notre assiette. 

Le SYNA BIO (Syndicat national des Entreprises bio) le rappelle : « Les produits bio répondent aux préoccupations des consommateurs de façon globale, tant sur les aspects santé et social que sur l’environnement ». Respect des sols, prise en compte du bien-être animal, non-utilisation d’OGM : autant d’aspects oubliés par l’étude de Stanford…

On aura bio dire, l’agriculture biologique présente de nombreux avantages, pour l’environnement et la santé. Alors, ne cédons pas à l’écolo-scepticisme et aux campagnes de désinformation : avec Les 2 Vaches, en route vers un monde plus bio !

 

(1) « Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives ? », étude publiée dans la revue Annals of Internal Medecine du 4 septembre 2012

(2) Page 10 de l’étude : « Finally, there have been no long-term studies of health outcomes of populations consuming predominantly organic versus conventionally produced food controlling for socioeconomics factors ; such studies would be expensive to conduct ». 

(3) et (4) "Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l'agriculture biologique", AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des aliments), Juillet 2003

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